Enquête Aden : Circulez, y a rien à voir…?

Silence radio sur un diagnostic Web des TPE

Voilà plus de quinze jours que les résultats de la consultation nationale de l’Aden sur « Les entreprises et Internet » ont été dévoilés. Force est de constater que cette publication est passée relativement inaperçue (à peine quelques brèves dans le journaldunet, itespresso, ou frenchweb).

Peut-être cette enquête s’est-elle noyée dans l’accumulation des nombreuses études et chiffres sur le commerce électronique ?

 

Il est néanmoins étonnant que cette étude ne suscite pas davantage d’intérêt, quand on sait que ses résultats avaient été jugés particulièrement instructifs par les intervenants du groupe de travail à l’origine de la consultation. Ces intervenants étant tous des observateurs privilégiés du marché des professionnels ou du e-commerce.

D’où l’idée de cet article, dans le but d’expliquer les atouts de cette enquête, pas comme les autres.

 

Une enquête commanditée par un collectif d’acteurs industriels et institutionnels

Quand on prend comme critère le commanditaire d’une enquête, on peut classer les publications sur le commerce électronique en 2 catégories :

– Celles des prestataires privés (PowerBoutique, Paypal, Kelkoo, PagesJaunes,…)

– Celles des associations professionnelles ou fédérations (FEVAD, ACSEL, CGPME…)

Dans le cas de l’enquête Aden, bien sûr le commanditaire est l’Association pour le Développement de l’Economie Numérique, mais pas seulement… En effet, cette enquête est issue de la Commission « Ventes & Marketing » que j’ai le plaisir de présider. Elle est donc portée par un large groupe d’experts, aussi bien du tissu économique des TPE françaises (Chambres de Commerces, Chambres de Métiers et de l’Artisanat, Centres de gestion,…) que du commerce électronique (solutions e-commerce, hébergeur, logistique, paiement sécurisé…).

On peut donc exclure tout soupçon de tentation de « prêcher pour sa paroisse » en orientant les questions ou les réponses à des fins commerciales…

 

Des milliers de professionnels s’expriment

6 809 entreprises ont répondu à cette consultation nationale. Pour mesurer l’importance de cette audience, il convient de rappeler qu’elle est 5 à 20 fois supérieure à celle des autres études sur les professionnels ayant été publiées jusqu’à présent.

A ma connaissance, seule l’enquête TIC de l’INSEE datant de 2009 (dans le cadre d’un programme de la Commission Européenne) fait mieux avec 12 000 répondants professionnels français. Avec cependant un questionnaire logiquement beaucoup moins fourni sur la seule thématique du site Internet de l’entreprise.

 

Des TPE représentées en juste proportion

C’est un autre formidable atout de cette enquête, puisque près de 90% des répondants (5924 précisément) comptent moins de 10 salariés dans l’effectif de leur société. Ce qui correspond tout de même mieux au tissu économique de notre pays. « C’est la moindre des choses! » vous entends-je réagir. Certes, mais c’est loin d’être toujours le cas…

Aussi incroyable que cela puisse paraître, sachez par exemple que dans son enquête nationale de référence, notre cher institut national de la statistique exclut tout simplement les entreprises de moins de 10 salariés. C’est-à-dire, et selon les propres sources du même INSEE, plus de 9 entreprises sur 10 en France !

Et oui, car le sigle « TPE-PME » n’est pas une AOC. Il est souvent utilisé de manière élastique : une lecture attentive des méthodologies de nombreuses enquêtes vous confirmeront qu’en réalité les entreprises de petite taille salariale sont fréquemment ignorées.

Évidemment, cela s’explique par la difficulté pratique de réaliser des enquêtes auprès de ces petites entreprises… et le coût correspondant.

 

Le profil des entreprises ciblées : matures en TIC

Les enquêtes d’opinion sur les entreprises sont d’ordinaire administrées sous forme de sondage téléphonique (souvent avec la technique « CATI » : Computer Assisted Telephone Interviewing), auprès d’un échantillon normalement représentatif de professionnels (en terme de métier, de nombre de salariés, de localisation).

Dans le cas de l’Aden, pour adresser un maximum de professionnels, le choix a été fait d’une consultation nationale sous forme de formulaire d’enquête, adressé par courrier électronique. Chaque membre de la commission l’a diffusé auprès d’entreprises établies et identifiées parmi ses clients / prospects / adhérents.

C’est ce qui explique non seulement le grand nombre de réponses, mais également la forte contribution des très petites entreprises.

En revanche, l’échantillon des répondants n’est pas représentatif en terme de maturité des usages numériques. En effet, les professionnels qui se sont exprimés :
–    sont déjà connectés à Internet à titre professionnel ;
–    sont équipés d’une messagerie électronique… qu’ils utilisent ;
–    sont intéressés par la thématique de l’équipement en site pour prendre le temps de répondre ;
–    sont à l’aise pour compléter le formulaire en ligne de l’enquête.

Donc, il s’agit d’un segment d’entreprises naturellement plus expérimentées et familiarisées au net.

Pour ceux qui pensent que c’est le cas de tous les professionnels, je leur rappelle que selon une étude de la CGPME parue en novembre dernier, 26% des entreprises déclarent ne pas être équipées d’un ordinateur connecté à Internet. Une autre publication de la FCGA (Fédération des Centres de Gestions Agréés) révélait au 3ème trimestre 2010 que 36% des TPE n’utilisaient JAMAIS de messagerie électronique…

 

Des résultats d’autant plus instructifs…

Les explications précédentes sur la méthodologie de l’enquête Aden apporte un éclairage particulier sur les résultats. Par exemple, les pourcentages d’entreprises équipées sont logiquement plus élevés que dans la réalité, dès lors qu’ont été ignorées les entreprises sans connexion Internet. C’est ce qui justifie cet écart (surprenant en première lecture) entre les 51% d’entreprises équipées d’un site Web de cette étude et les 27% annoncés dans la récente publication de la CGPME.

De même, il faut réaliser que les 31% d’entreprises qui déclarent n’avoir aucun projet de site Web comptent pourtant parmi les plus matures aux usages numériques. Idem quand 1 entreprise sur 5 affirme ne pas voir ne serait-ce que l’utilité d’un site Internet pour son activité !

Ces chiffres devraient donc interpeller, tant ils démontrent :
a) un besoin criant d’accompagnement des TPE dans la conduite de leur projet de site Internet.
b) un fossé inquiétant entre :
–    d’un côté, des entreprises équipées témoignant des bénéfices commerciaux de leur site Web,
–    de l’autre, des entreprises réticentes voire réfractaires à un site, en pleine crise économique.

Et c’est selon moi, l’autre valeur ajoutée majeure de cette enquête : loin de se contenter d’une simple photographie des entreprises françaises et de leur degré d’équipement en site Internet, elle apporte des explications essentielles sur les difficultés et les freins à l’équipement exprimés par les TPE-PME elles-mêmes.

 

Il est donc dommage que les précieux enseignements de cette consultation nationale suscitent aussi peu d’intérêt jusqu’à présent… et même sacrément paradoxal tant la compétitivité de nos entreprises est présentée comme un enjeu économique majeur en cette période de crise et de campagne électorale.

 

Stéphane Escoffier,
Président de la Commission Aden « Ventes et Marketing »
Directeur Général de Doyousoft SA – PowerBoutique

 

Crédits : Mindwalker / Franck Boston / Minerva Studio ©Fotolia

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